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    Cette exhumation aura été longue à préparer mais passionnante pour les recherches entreprises sur la « Société Générale des Automobiles Porthos » qui naguère s’était fait connaître pour l’excellence de ses automobiles prestigieuses.

    Si le hasard vous mène à Boulogne-Billancourt, emprunter la rue du Dôme et arrêtez-vous au numéro 12.

     

     

    Là, vous ferez face à un sympathique … parc de jeux où jadis se situaient les usines Porthos,  une société fondée le 29 novembre 1905 par les frères Armand & Michel Farkas associés à l’homme d’affaires luxembourgeois Jean-Nicolas Kieffer.

     

     

     

     

    L’entreprise se spécialise dès le départ dans le créneau du grand luxe avec des automobiles de 7 litres capables de transporter, dans le confort d’un salon, 5 personnes à plus de 100km/h. Rapidement, les automobiles « Porthos » se font connaître dans la couronne parisienne et viennent même perturber la sérénité des ventes que connaissait jusqu’alors la référence du secteur Delauney-Belleville.

     

     
     

     

     

     

    Face à l’accroissement des ventes, il devient impératif d’agrandir les ateliers de la rue du Dôme et donc de lever de nouveaux capitaux pour financer ces nouveaux investissements.

     

    L’entreprise séduit les investisseurs et c’est sans encombre qu’elle parvient à augmenter son capital de 250000 fr à 1500000 fr comme en témoigne le compte rendu  de l’assemblée générale des actionnaires du 31 décembre 1906.

    L’usine agrandie occupait près de 11000 m2 au sol et se distinguait  par la modernité de son fonctionnement basé en deux points.

    Tout d’abord, une attention particulière fut portée sur la pérennité de la « fourniture de force » aux machines outils américaines électriques dernier cris fraîchement installées sous les verrières du hall de l’usine.

    Une imposante génératrice électrique trônait au cœur de l’édifice agrandi et en cas de panne, une prise de courant extérieure permettait de garantir en toute condition un flux énergétique constant et régulier.

    La société choisi dès le départ la réduction drastique du prix de revient de ses automobiles en recourant à un outil de production ultra moderne afin de réduire autant que possible l’usage de la main-d’œuvre.

    Pour davantage d’autonomie et éviter des problèmes de logistiques, l’entreprise assurait elle-même la réalisation de ses accessoires dans un atelier annexe.

    Les articles de l’époque sont élogieux au sujet des automobiles « Porthos » qui font preuve de rationalité, de simplicité et de robustesse … tout comme le mousquetaire du même nom !

    La production annuelle passe de 120 véhicules à 300 et dès 1907 le carnet de commande représente 1225000 fr pour un bénéfice oscillant selon les voitures de 3000 à 4500 fr si bien que les actionnaires perçurent presque 20 francs de dividende par action détenue … une belle performance qui malheureusement ne perdurera pas !

     

    Etriquée dans son marché local, la firme lorgna dès 1907 sur l’étranger pour prolonger son développement mais quasi-inconnue à l’international elle doit se faire remarquer et  décide alors de s’investir corps et âme dans la compétition qui à l’époque est la meilleure des publicités.

     

     

    « Porthos » se fait remarquer lors du Grand Prix de l’ACF en juillet 1907 sur le circuit de Dieppe par un record de vitesse.

     

     

    Une bombe animée d’un 8 cylindres de plus de 9 litres de cylindrée et pilotée par Emile Stricker fut chronométrée à plus de 150 km/h sur la ligne droite de St Martin malheureusement une casse mécanique réduisit à néant les espoirs de la firme !

     

    L’année suivante, trois automobiles dotées d’un 6 cylindres furent engagées à grand frais à Dieppe mais le résultat fut encore décevant car aucune ne termina la course suite à des problèmes de pompes à eau.

    La trésorerie de l’entreprise ne se remis pas de cet échec d’autant plus que la firme rencontra parallèlement de sérieux déboires lors de l’affaire de la Compagnie de taxi londonienne « Reliance ».

    Tout commença par un appel d’offre émis par le syndicat « Romer » en février 1908 pour équiper en taxi cab les compagnies affiliées parmis lesquelles la société « Reliance ».

    Contre toute attente, le français « Unic » qui équipait à Londres d’autres compagnies ne fut pas retenu par Romer qui lui préféra « Porthos ».

     

     

    Le contrat prévoyait la fourniture de 800 châssis dont 500 à Reliance vendus 8600 fr pièce au rythme de 60 par semestre la première année avant de passer à 40 mensuellement dès 1909 impliquant une nouvelle levée de fonds pour adapter la capacité de production.

    L’enjeu était de taille pour la firme de Boulogne car la compétition avait très fortement entamé son équilibre financier suite à l’échec de 1907 et les investisseurs s’étaient détournés de cette entreprise autrefois prometteuse.

    A peine le contrat signé, la direction de « Porthos » prit alors une étonnante décision qui s’avérera des plus catastrophique pour la société.

    Au lieu de renforcer ses fonds propres et de  rassurer les investisseurs potentiels dans le cadre d’une stratégie industrielle ambitieuse qui aurait pu relancer la firme après son échec sportif, l’entreprise prévilegia le saut dans l’inconnu avec un quitte ou double.

    Les administrateurs validèrent en effet le financement d’un hypothétique résultat sportif pour l’année 1908 en octroyant une importante enveloppe d’argent au développement d’une écurie de trois automobiles 6 cylindres.

    Le contrat anglais, prévoyait le versement d’un acompte de 480000 fr en mai 1908 qui permit d’obtenir un crédit bancaire mais celui-ci s’avéra très peu avantageux pour la firme qui du gager son outil industriel.

    Comme indiqué précédemment, le Grand Prix de Dieppe en 1908 fut un cuisant échec qui termina d’achever la trésorerie de « Porthos ».

    Privé d’argent frais faute de retour sur son investissement sportif, la firme ne parvint plus à attirer les investisseurs qui restèrent de marbre face à cette entreprise en dérive qui n’avait plus les moyens financiers d’investir dans son outil industriel pour honorer son contrat britannique.

    L’acompte de Reliance servit quasi exclusivement au remboursement des dettes de « Porthos »  qui parvint cependant à fournir ses soixante premiers véhicules avant la fin de l’année 1908.

    L’année 1909 fut fatale pour « Porthos » qui dut une nouvelle fois gager son usine pour subvenir à ses approvisionnements et honorer  ses livraisons à Reliance.

    En septembre, aucun n’acompte ne fut versé car victime d’une malversation financière du syndicat Romer, Reliance fut déclarée en faillite entraînant dans sa chute la firme de Boulogne qui disparu le 2 novembre à son tour.

    L’usine resta sous séquestre plus de 2 ans avant de renaître avec une gamme de 4 et 6 cylindres pour lesquelles je n’ai pas d’information mise à part que la Grande Guerre mis fin à cette résurrection.

     


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